I. Les Origines de La Bible
C. L’écriture de La Bible
1. L’évolution scripturaire
Le mot alphabet vient du grec, et par-là des langues sémitiques où aleph (alpha en grec) et beth (bêta en grec) sont les deux premières lettres.
Tableau des alphabets
La lettre aleph, par sa forme, représente schématiquement une tête de bœuf et est prononcée A. De même pour beth qui représente une maison et est prononcée B.
Mais nous savons, grâce aux découvertes archéologiques, que l’écriture remonte au moins à l’époque de la civilisation sumérienne, c’est-à-dire entre 3500 et 5000 avant Jésus–Christ (aucune date n’étant réellement fixée).
Comme d’autres civilisations, elle eut pour berceau la vallée de l’Euphrate (fleuve), au Moyen-Orient.
Si nous nous intéressons à l’écriture sumérienne, nous savons qu’elle était formée par des caractères pictographiques (pictogrammes).PictographieDu latin 'pictus' = peint et du grec 'grapjé' = écriture. Système primitif d’écritures, qui consiste à exprimer les idées au moyen de scènes figurées ou symboliques
L’écriture était gravée sur des tablettes d’argile à l’aide de petites figurines qu’on alignait. Chacune d’elles correspondait à une syllabe.
Tablette de caractères pictographiques
Pour simplifier cette écriture pictographique, les Sumériens allégèrent la forme des figurines qui perdirent toute ressemblance avec l’objet représenté. Le tracé prit des formes triangulaires : l’écriture cunéiformeCunéiformeDu latin 'cuneus' = coin et 'forma' = forme. Se dit d’une écriture caractérisée par des éléments en forme de coin que sont la trace des roseaux des scribes dans l’argile fraîche. Connue dès le 4ème millénaire av. Jésus–Christ, cette écriture a servi à transcrire en idéogrammes, puis en syllabes, la langue des Sumériens. Au 14ème siècle av. Jésus – Christ, devenue une écriture alphabétique, elle servit à la transcription de l’Akkadien. était ainsi née.
Entre temps, l’écriture passa rapidement en Egypte. Les Egyptiens créèrent quant à eux leur propre système de signes appelés hiéroglyphesHiéroglyphesDu grec, 'hiéros' = sacré et 'gluphein' = graver. Chacun des signes qui servaient aux Egyptiens à écrire les mots de leur langue. Par extension, tout système d’écriture qui emploie les figures.
Ils utilisèrent ceux–ci pour des inscriptions sur les bâtiments et d’autres monuments jusqu’au 5ème siècle après Jésus–Christ. Pour l’usage courant (lettres, comptes et livres), ils avaient instauré une écriture plus simple dite « hiératique »HiératiqueDu grec, 'hiéros' = sacré. Qui concerne les choses sacrées. Qui a les formes d’une tradition liturgique.
Après l’an 1000 avant Jésus–Christ, celle–ci a donné naissance à l’écriture « démotique » une sorte de sténographie.
En 1822, Jean-François Champollion a découvert l’explication de l’écriture hiéroglyphique grâce à la Pierre de Rosette. Sur celle–ci était gravé un décret du roi Ptolémé V en trois langues : le grec, l’égyptien démotique et l’égyptien hiéroglyphique.
La Pierre de Rosette
Écriture hiéroglyphique
Écriture hiératique
Écriture démotique
Entre 2000 et 1000 avant Jésus–Christ, les Phéniciens et les premiers Palestiniens réussirent à noter la « musique de la voix » en moins de 30 symboles. Ce processus simplifié d’écriture permettait d’exprimer n’importe quoi au moyen d’un nombre restreint de signes. Ils inventèrent ainsi le premier « alphabet consonantiqueConsonantiqueDu latin 'consona' = qui sonne avec la voyelle. Phonème résultant de la fermeture, complète ou partielle de la bouche, suivie d’une ouverture qui permet à l’air phonatoire de s’échapper en produisant un certain bruit » de 20 à 30 lettres. En l’an 1000 avant Jésus–Christ, l’alphabet avait fini par s’imposer partout. Les Grecs l’apprirent, l’adaptèrent à leur langue et furent les premiers à utiliser des signes pour les voyelles.
Tableau des alphabets
2. L’écriture hébraïque
Un groupe ethnique du Proche-Orient : les Hébreux, identifiés parfois avec les Habiru mentionnés sur des tablettes d’argile ou des inscriptions de monuments, vécurent toute cette aventure de l’écriture et eux aussi empruntèrent aux Phéniciens un alphabet de 22 lettres, composé uniquement de consonnes. L’écriture hébraïque connait dès lors deux phases importantes.
Le paléo-hébreu = ancien hébreu
Le paléo-hébreu = ancien hébreu
Il fut quasiment un emprunt direct du phénicien. Le plus ancien monument connu de la langue hébraïque, à savoir le calendrier agricole de Gézer, datant du 10ème siècle avant Jésus–Christ, fut justement écrit en purs caractères phéniciens. Du 9ème au 8ème siècle avant Jésus–Christ se développa une écriture dite nationale qui, à partir de petits détails, affirma sa personnalité propre.
Quelques témoins de cette écriture
Les ostraca de Samarie. Ce sont des étiquettes de denrées (vin, huile), trouvées dans les ruines du palais des rois d’Israël. Elles datent de l’époque du roi d’Israël, Jéroboam II, contemporain des prophètes Amos et Osée. (8ème siècle avant Jésus-Christ). L’inscription de Siloé (700 ans avant Jésus–Christ). Elle commémore la construction par le roi Ezéchias du tunnel souterrain amenant l’eau à Jérusalem et dont l’aboutissement est la piscine ou le réservoir de Siloé. Cette piscine, nous la retrouvons à l’époque de Jésus : il y guérit un malade. Elle existe encore aujourd’hui.
L’hébreu carré = lettres carrées
L’hébreu carré = lettres carrées
Apparu au 5ème siècle avant Jésus–Christ, il ne dériva pas du paléo–hébreu. C’est en fait un deuxième emprunt, à l’araméen cette fois. Bien sûr les Araméens avaient aussi adopté l’alphabet phénicien vers le 11ème siècle avant Jésus–Christ. Entre les deux phases, il y eut un « trou » qui pourrait correspondre à l’époque de l’exil à Babylone. On attribue à Esdras, un des écrivains de La Bible, l’adoption de l’alphabet araméen, au retour d’exil. C’est l’époque où l’araméen supplantait l’hébreu comme langue parlée. C’est cet hébreu, carré à cause de la forme des caractères, qui est encore utilisé aujourd’hui. Mis à part quelques rares passages en araméen dans les livres de Jérémie, Esdras et Daniel, tout l’Ancien Testament appelé « La Bible juive » a été écrit en hébreu « carré ».
3. La langue hébraïque de La Bible : Haute Curiosité !
Nous avons vu que les 22 lettres de l’alphabet hébraïque sont des consonnes. Il n’y a donc pas de voyelles dans l’écriture d’un mot. C’est dans la prononciation alors qu’apparaissent les sonorités vocaliques et leur sens. D’autre part, toute racine hébraïque comprend en général 3 consonnes.
Un exemple: LBN
Un exemple: LBN
En faisant jouer voyelles et sens, c’est tout ce qui est blanc.
LeBaNa: la blanche, la pleine lune.
LeBoNa: l’encens blanc.
LaBaN: le blanc en parlant des dents, des habits, des cheveux.
LaBaN: c’est aussi le nom du frère de Rebecca. Pourquoi ?
Le LeBaNon: la montagne blanche, le LiBaN.
LiBeNe: le peuplier blanc.
On pourrait prendre de même SPR qui évoque le scribe, le livre, l’écriture, le message, la lettre, l’écrit, le conte, le calcul…
La différence est nette avec, par exemple, le français ou le grec.
1er exemple
En français, les 3 lettres BTR. On s’aperçoit de suite que BâTiR, BâTeR, aBêTiR, BiTuRe, BouTuRe, BouTeR, BouToiR, BuTeR et enfin BuToiR ont en commun les 3 consonnes BTR, données dans cet ordre, mais n’ont guère de rapport quant au sens.
2ème exemple
Le mot nèphèsh = âme.
La nèphèsh est le principe de vie. Ce terme est souvent traduit par âme et rendu en grec par psykhè.
En hébreu, la racine N(PH)(SH), 3 lettres en fait, a le sens de souffle ou de respiration. C’est donc tout autant le souffle des animaux que l’exhalaison des plantes, le parfum. Elle a aussi le sens de l’organe par lequel passe la respiration, d’où la gorge à l’intérieur et le cou à l’extérieur car c’est de là que s’échappe le souffle vital.
Regardons un peu comment s’opère le passage d’un sens à un autre :
Livre de Jérémie – Chapitre 2, Verset 6
Est-ce m’ôter la vie ou cou ?
Livre des Nombres – Chapitre 11, Verset 6.
Notre âme ou notre gorge ?
1er livre des Rois – Chapitre 19, Verset 3.
Lorsque le grec devint la langue biblique, psykhè en vint par là même à désigner l’âme, la vie, la personne, le « je », quelqu’un, moi-même. C’est le « moi » avec la connotation intérieure de puissance vitale.
YHWH : Le nom imprononçable de Dieu
YHWH : Le nom imprononçable de Dieu
Moïse dit à Dieu : J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai : le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que répondrai-je ?
Dieu dit à Moïse : JE SUIS CELUI QUI SUIS.
Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle « JE SUIS » m’a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : l’ETERNEL, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération.