I. Les Origines de La Bible

C. L’écriture de La Bible


1. L’évolution scripturaire

Le mot alphabet vient du grec, et par-là des langues sémitiques où aleph (alpha en grec) et beth (bêta en grec) sont les deux premières lettres.

Tableau des alphabets

La lettre aleph, par sa forme, représente schématiquement une tête de bœuf et est prononcée A. De même pour beth qui représente une maison et est prononcée B.

Mais nous savons, grâce aux découvertes archéologiques, que l’écriture remonte au moins à l’époque de la civilisation sumérienne, c’est-à-dire entre 3500 et 5000 avant Jésus–Christ (aucune date n’étant réellement fixée).
Comme d’autres civilisations, elle eut pour berceau la vallée de l’Euphrate (fleuve), au Moyen-Orient. Si nous nous intéressons à l’écriture sumérienne, nous savons qu’elle était formée par des caractères pictographiques (pictogrammes). L’écriture était gravée sur des tablettes d’argile à l’aide de petites figurines qu’on alignait. Chacune d’elles correspondait à une syllabe.

Tablette de caractères pictographiques

Pour simplifier cette écriture pictographique, les Sumériens allégèrent la forme des figurines qui perdirent toute ressemblance avec l’objet représenté. Le tracé prit des formes triangulaires : l’écriture cunéiforme était ainsi née.


Entre temps, l’écriture passa rapidement en Egypte. Les Egyptiens créèrent quant à eux leur propre système de signes appelés hiéroglyphes.


Ils utilisèrent ceux–ci pour des inscriptions sur les bâtiments et d’autres monuments jusqu’au 5ème siècle après Jésus–Christ. Pour l’usage courant (lettres, comptes et livres), ils avaient instauré une écriture plus simple dite « hiératique ».


Après l’an 1000 avant Jésus–Christ, celle–ci a donné naissance à l’écriture « démotique » une sorte de sténographie.

En 1822, Jean-François Champollion a découvert l’explication de l’écriture hiéroglyphique grâce à la Pierre de Rosette. Sur celle–ci était gravé un décret du roi Ptolémé V en trois langues : le grec, l’égyptien démotique et l’égyptien hiéroglyphique.

La Pierre de Rosette
Écriture hiéroglyphique
Écriture hiératique
Écriture démotique

Entre 2000 et 1000 avant Jésus–Christ, les Phéniciens et les premiers Palestiniens réussirent à noter la « musique de la voix » en moins de 30 symboles. Ce processus simplifié d’écriture permettait d’exprimer n’importe quoi au moyen d’un nombre restreint de signes. Ils inventèrent ainsi le premier « alphabet consonantique » de 20 à 30 lettres. En l’an 1000 avant Jésus–Christ, l’alphabet avait fini par s’imposer partout. Les Grecs l’apprirent, l’adaptèrent à leur langue et furent les premiers à utiliser des signes pour les voyelles.

Stèle phénicienne
Tableau des alphabets

2. L’écriture hébraïque

Un groupe ethnique du Proche-Orient : les Hébreux, identifiés parfois avec les Habiru mentionnés sur des tablettes d’argile ou des inscriptions de monuments, vécurent toute cette aventure de l’écriture et eux aussi empruntèrent aux Phéniciens un alphabet de 22 lettres, composé uniquement de consonnes. L’écriture hébraïque connait dès lors deux phases importantes.

  • Le paléo-hébreu = ancien hébreu

Il fut quasiment un emprunt direct du phénicien. Le plus ancien monument connu de la langue hébraïque, à savoir le calendrier agricole de Gézer, datant du 10ème siècle avant Jésus–Christ, fut justement écrit en purs caractères phéniciens. Du 9ème au 8ème siècle avant Jésus–Christ se développa une écriture dite nationale qui, à partir de petits détails, affirma sa personnalité propre.


Quelques témoins de cette écriture

Les ostraca de Samarie. Ce sont des étiquettes de denrées (vin, huile), trouvées dans les ruines du palais des rois d’Israël. Elles datent de l’époque du roi d’Israël, Jéroboam II, contemporain des prophètes Amos et Osée. (8ème siècle avant Jésus-Christ). L’inscription de Siloé (700 ans avant Jésus–Christ). Elle commémore la construction par le roi Ezéchias du tunnel souterrain amenant l’eau à Jérusalem et dont l’aboutissement est la piscine ou le réservoir de Siloé. Cette piscine, nous la retrouvons à l’époque de Jésus : il y guérit un malade. Elle existe encore aujourd’hui.

Le calendrier de Gézer
Musée archéologique d’Istanbul
Gravé sur une pierre calcaire, il mesure 11,1 centimètres de long sur 7,2 centimètres de large.
Il comporte 8 lignes de caractères qui évoquent les tâches agricoles suivant les mois de l’année.

  • L’hébreu carré = lettres carrées

Apparu au 5ème siècle avant Jésus–Christ, il ne dériva pas du paléo–hébreu. C’est en fait un deuxième emprunt, à l’araméen cette fois. Bien sûr les Araméens avaient aussi adopté l’alphabet phénicien vers le 11ème siècle avant Jésus–Christ. Entre les deux phases, il y eut un « trou » qui pourrait correspondre à l’époque de l’exil à Babylone. On attribue à Esdras, un des écrivains de La Bible, l’adoption de l’alphabet araméen, au retour d’exil. C’est l’époque où l’araméen supplantait l’hébreu comme langue parlée. C’est cet hébreu, carré à cause de la forme des caractères, qui est encore utilisé aujourd’hui. Mis à part quelques rares passages en araméen dans les livres de Jérémie, Esdras et Daniel, tout l’Ancien Testament appelé « La Bible juive » a été écrit en hébreu « carré ».

Moïse et Aaron présentent les 2 tables de la loi

3. La langue hébraïque de La Bible : Haute Curiosité !

Nous avons vu que les 22 lettres de l’alphabet hébraïque sont des consonnes. Il n’y a donc pas de voyelles dans l’écriture d’un mot. C’est dans la prononciation alors qu’apparaissent les sonorités vocaliques et leur sens. D’autre part, toute racine hébraïque comprend en général 3 consonnes.

  • Un exemple: LBN

En faisant jouer voyelles et sens, c’est tout ce qui est blanc.

  • LeBaNa: la blanche, la pleine lune.
  • LeBoNa: l’encens blanc.
  • LaBaN: le blanc en parlant des dents, des habits, des cheveux.
  • LaBaN: c’est aussi le nom du frère de Rebecca. Pourquoi ?
  • Le LeBaNon: la montagne blanche, le LiBaN.
  • LiBeNe: le peuplier blanc.
  • On pourrait prendre de même SPR qui évoque le scribe, le livre, l’écriture, le message, la lettre, l’écrit, le conte, le calcul…
    La différence est nette avec, par exemple, le français ou le grec.

    1er exemple
    En français, les 3 lettres BTR. On s’aperçoit de suite que BâTiR, BâTeR, aBêTiR, BiTuRe, BouTuRe, BouTeR, BouToiR, BuTeR et enfin BuToiR ont en commun les 3 consonnes BTR, données dans cet ordre, mais n’ont guère de rapport quant au sens.

    2ème exemple
    Le mot nèphèsh = âme. La nèphèsh est le principe de vie. Ce terme est souvent traduit par âme et rendu en grec par psykhè.
    En hébreu, la racine N(PH)(SH), 3 lettres en fait, a le sens de souffle ou de respiration. C’est donc tout autant le souffle des animaux que l’exhalaison des plantes, le parfum. Elle a aussi le sens de l’organe par lequel passe la respiration, d’où la gorge à l’intérieur et le cou à l’extérieur car c’est de là que s’échappe le souffle vital.

    Regardons un peu comment s’opère le passage d’un sens à un autre :

  • « Les eaux m’ont environné jusqu’à la nèphèsh »
  • Livre de Jérémie – Chapitre 2, Verset 6

    Est-ce m’ôter la vie ou cou ?

  • En marche à travers le désert, les Hébreux se souviennent du poisson, des concombres, des melons « que nous mangions en Egypte, … maintenant notre nèphèsh est desséchée : plus rien ! Nos yeux ne voient que de la manne. »
  • Livre des Nombres – Chapitre 11, Verset 6.

    Notre âme ou notre gorge ?

  • Dans le 1er livre de Samuel au chapitre 19, verset 5, la curieuse expression : « placer sa nèphèsh dans sa main » signifie-t-elle dans le contexte de ce livre « placer son cou dans sa main » ou « risquer sa vie » ?
  • De même, lorsque le prophète Elie, poursuivi par les hommes de la reine Jézabel, s’enfuit « à cause de sa nèphèsh », est-ce « à cause de son cou ou gorge » ou « pour sauver sa vie » ?
  • 1er livre des Rois – Chapitre 19, Verset 3.

    Lorsque le grec devint la langue biblique, psykhè en vint par là même à désigner l’âme, la vie, la personne, le « je », quelqu’un, moi-même. C’est le « moi » avec la connotation intérieure de puissance vitale.

    • YHWH : Le nom imprononçable de Dieu

    Moïse dit à Dieu : J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai : le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que répondrai-je ?
    Dieu dit à Moïse : JE SUIS CELUI QUI SUIS. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle « JE SUIS » m’a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : l’ETERNEL, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération.

    Livre de l’Exode, chapitre 3, versets 13 à 15

    Dans ce texte hébraïque le mot traduit par ETERNEL est en fait YHWH. Ce mot hébreu est en rapport avec l’idée d’Etre et de Devenir. Mais la prononciation reste scellée. Prononcer le nom d’une personne, c’est atteindre à sa réalité et d’une certaine manière s’arroger des droits sur elle. Dans la pensée biblique, Dieu doit en être exempté. Le 3ème commandement des 10 donnés à Moïse interdit de prononcer le nom de Dieu « pour rien » ou « en vain ». Dès lors, les Juifs avaient pris l’habitude de lire : « Mon Seigneur » (Adonaï) chaque fois qu’ils rencontraient dans le texte le tétragramme YHWH. Cet usage a été repris dans la traduction grecque de la Septante du 2ème siècle avant Jésus–Christ. Partout où se présentait le Nom divin, ils ont traduit Kyrios, c’est-à-dire « Seigneur ».

    On retrouve cette même pratique dans le Nouveau Testament où l’on n’hésite pas à appeler Jésus du Nom de Seigneur. Mais pour tout le texte biblique hébraïque, lorsque l’hébreu devenu langue morte, n’eut plus qu’un usage liturgique, des rabbins spécialisés (les Massorètes, en particulier ceux de l’école de Tibériade) mirent au point un système de notation des voyelles qui respectait totalement le texte consonantique sans rien y ajouter ou en retrancher. Ce travail fut achevé entre 750 et 1000 après Jésus–Christ.

    Le papyrus de Nash
    contient une portion du texte massorétique, en particulier les Dix Commandements
    2e siècle avant Jésus-Christ
    La massoreℹ️
    Lecture complète • 20%
    Retour en haut